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 Déchéance

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Blanche Dubois
Mafia Démoniaque ~ Démone

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MessageSujet: Déchéance    Mer 27 Juil - 4:34

Suite solo d'une rencontre singulière


Première partie: Enchaînée


C'était un petit bar sordide, un trou merdique où traînaient des badauds aussi crasseux que désespérés. Pas le genre d'endroit où on pouvait espérer trouver une telle créature. Et pourtant. Blanche était assise au bar, un verre de vodka à moitié vide posé devant elle. Sa longue chevelure brune, emmêlée et ruisselante, dégoûtait sur le plancher de bois usé. Ses vêtements trempés collaient à son corps maigre, laissant deviner la pointe des os. Son regard sombre fixait résolument le vide. Deux hommes l'avaient abordée déjà. S'étaient adressés à elle dans une langue chaude qu'elle ne connaissait pas. La femme n'avait pas besoin de comprendre. Elle savait ce qu'ils voulaient.

Au troisième homme, Blanche sortit une arme de poing de sous sa chemise et la posa sur le comptoir, devant elle. Le barman cessa d'essuyer son verre et la dévisagea. La femme cala le reste de sa vodka, impassible, et fit signe à l'homme de la resservir. Ce dernier daigna sortir de sa stupeur et s'exécuta. La vodka était mauvaise, de celle qui vous grafigne la gorge et laisse une amertume derrière. Mais cela lui importait peu, à Blanche. Elle ne buvait pas pour le goût. Pas ce soir. Ce soir, elle buvait pour l'endormir, elle. L'Autre.

Blanche ignorait dans quelle ville ou dans quel pays elle se trouvait. Elle savait seulement qu'elle avait quitté le Chili. C'était peut-être hier. Ou bien il y a plusieurs semaines. C'était flou. Il lui semblait que la nuit dernière, elle se trouvait entre les bras de son amant. Cependant, la douleur qui engourdissait tous ses membres attestait d'un plus long voyage. Le cœur de la femme se serra alors que lui revenait à l'esprit l'image de l'homme qu'elle aimait. Spike….

Blanche l'avait cherché des yeux à son réveil, dans leur chambre de Santiago, mais le vampire n'y était plus. Puis, elle l'avait cherché dans les rues de la ville. Elle n'avait pas réussi à le retrouver. L'Autre était intervenue. Avait empoisonné son esprit, y semant le doute et la peur, puis s'en était emparé. Blanche s'était envolée malgré elle, abandonnant son amour et une part de son humanité. Elle avait volé sans en avoir conscience, dépossédée d'elle-même, jusqu'à ce que l'autre s'épuisât et lui rendit le contrôle. Elle avait alors pu reprendre forme humaine et se reposer dans une grange. Elle avait tenté de regagner le Chili, mais l'Autre s'y était opposée, modifiant le cours de sa trajectoire ou l'empêchant de se transformer en aigle.

Blanche termina son verre et en commanda un autre. L'Autre ne lui laisserait jamais sa liberté. Elle avait cru l'avoir domptée au fil des années, mais elle s'était trompée. Elle le savait maintenant. La femme eut un haut-le-cœur, mais cala tout de même sa vodka. Elle réprima sa nausée. Son corps s'engourdissait et sa vision se brouillait. Alors qu'elle se levait, le décor se mit à tanguer. Elle régla l'addition, bien que cela lui semblât absurde, prit son arme et quitta le bar d'une démarche chancelante. L'air à l'extérieur était presque aussi irrespirable que celui à l'intérieur. Blanche leva les yeux vers le ciel. Les lumières de la ville donnaient aux lourds nuages une teinte orangée. Elle repéra la plus haute tour de bureaux. Elle tenta de s'envoler, mais demeura femme. Bien. Elle rangea son arme et s'enfonça dans la ville.


°~¤~°


La pluie avait cessé. Debout sur le toit de l'édifice, Blanche laissait le Vent lui fouetter le visage. Elle ne pouvait croire qu'elle en était là. Et pourtant. La nausée la prit de nouveau. D'un geste nerveux, la femme s'alluma une cigarette. Il paraît que la dernière est la meilleure. Elle jeta un coup d’œil à ses mains. Elles tremblaient. Fuck. Elle tira longuement sur sa cigarette, laissant la fumée pénétrer ses poumons et calmer ses nerfs. Elle ne reviendrait pas en arrière. L'Autre n'aurait pas le dernier mot. Blanche s'avança sur le bord du toit. Les lumières des voitures ressemblaient à des étoiles filantes. La femme ferma les yeux. Pour la première fois de son existence, elle souhaita mourir. Elle écarta les bras et se jeta dans le vide. Libre. Elle était libre.


°~¤~°


La douleur. Partout. Dans son corps, dans sa tête. Et l'obscurité. Étrange. Elle aurait cru que tout disparaissait, avec la mort. Blanche ouvrit les yeux. Elle mit un temps à réaliser qu'elle était allongée dans une ruelle sale. Une croûte de poussière et de sang maculait sa tempe. Elle tenta de se lever, mais la douleur était telle qu'elle ne réussit qu'à s'agenouiller. C'est alors qu'elle les vit qui l'entouraient. Des plumes. Noir ébène. Blanche ne put retenir un haut-le-cœur et vomit avant de s'écrouler. Des sanglots secouaient violemment son corps maigre. Elle aurait voulu hurler, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Il n'y avait que l'horreur. L'horreur de ne pouvoir ni vivre ni mourir. L'horreur d'être prisonnière.

Elle demeura un moment ainsi, à sangloter dans cette ruelle nauséabonde. Petit tas de désespoir. Doucement, son corps cessa de trembler. Les larmes de couler. La femme rampa jusqu'à un mur de briques et s'y appuya afin de se remettre debout. Ses jambes flageolaient sous son poids. Elle serra dans la main l'amulette qui pendait à son cou. Celle qu'Asag convoitait. Celle qui avait appartenu à Spike. Une douleur sourde s'empara de son cœur et son souffle s'arrêta. Blanche porta le bijou à ses lèvres. Elle ne voulait pas s'en départir, mais elle devait le ramener à son patron à New York. Elle ferma les yeux un instant. L'avenir lui semblait insipide. Cependant, elle n'avait plus aucune échappatoire. Elle se dégagea du mur et, sans un regard en arrière, s'envola dans l'aube naissante.
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Blanche Dubois
Mafia Démoniaque ~ Démone

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MessageSujet: Re: Déchéance    Jeu 11 Aoû - 22:25

Deuxième partie: Fragments

(Cette seconde partie comportera plusieurs textes ayant chacun un narrateur différent et illustrera le parcours de Banche à travers les États-Unis jusqu'à New York. On verra donc Blanche à travers les yeux de divers personnages. C'est à la fois un exercice de style et un petit plaisir que je m'offre).


Port de Coatzacoalcos, Veracruz, Mexique

Lorsqu’elle est entrée dans la taverne, tous les regards se sont tournés vers elle. C’était un endroit réservé aux hommes, une femme n’y avait pas sa place. Elle ne semblait pas avoir conscience du silence lourd qui entourait sa présence. Elle s’est avancée vers le comptoir, impassible. A commandé un whisky, en anglais. Une Américaine. Il fallait bien que ce soit une touriste. Le barman a hésité avant de la servir. Si ça avait été moi, je l’aurais foutue dehors sans plus de ménagement. Autour de nous, les conversations ont repris. Moi, je ne quittais pas la femelle des yeux. Elle buvait son whisky comme si l’endroit lui appartenait.

— Faut avouer qu’elle a du chien, a ri le capitaine en me donnant un coup de coude.

Je me suis contenté de renifler avec mépris. Même d’où j’étais, je devinais qu’elle avait la pâleur et la maigreur d’un cadavre. Elle a commandé un autre verre. Elle a glissé un billet au barman et s’est penchée vers lui. Il y avait quelque chose de lascif dans son mouvement. Elle lui a chuchoté quelques mots et l’homme a pointé dans notre direction. Elle s’est avancée jusqu’à notre table. Je ne l’ai pas lâchée des yeux. Elle était blessée au visage et boitait légèrement.

— Carlos Sanchez? a-t-elle demandé.

Les matelots ricanaient, murmurant des blagues grivoises entre eux. Elle ne s’en formalisait pas. Je crois qu’elle ne comprenait pas notre langue.

— Qu’est-ce qu’elle veut? a rétorqué le capitaine en adressant un clin d’œil à ses hommes.

— Paraît que vous avez un bateau.

— Et alors?

— J’dois traverser la frontière.

— On prend pas de passagers.

— J’ai de quoi vous dédommager.

La femme a posé sur la table une épaisse liasse de billets. Américains. Les hommes ont cessé de rigoler.

— Vous allez avoir l’autre moitié aux States, évidemment.

Le capitaine contemplait l’argent, abasourdi. Je savais à quoi il pensait. Les affaires étaient mauvaises, et ça faisait quelque temps que les matelots n’avaient pas eu droit à un salaire décent. Refuser cette offre lui attirerait leur colère. Il m’a jeté un coup d’œil, cherchant mon conseil. J’ai secoué la tête. Une femme à bord, ça porte malheur. Le capitaine a dévisagé la femme.

-Qu’est-ce qui nous empêcherait de prendre le reste pendant la traversée et de vous jeter par-dessus bord? Savez, la mer est dangereuse, les accidents ne sont pas rares.

La femme a eu un sourire mauvais.

— Vous autres va être tous morts avant d’avoir tenté quoi que ce soit, a-t-elle répondu en dévoilant le pistolet accroché à sa ceinture.

Le capitaine a éclaté d’un rire gras, visiblement amusé par l’arrogance de la créature. Il s’est essuyé les yeux avec une serviette de papier.

— Dans ce cas, bienvenue à bord, demoiselle! On part à 20 h. Soyez pas en retard.

Elle a remercié le capitaine d’un signe de tête. Juste avant qu’elle quitte la taverne, nos regards se sont croisés. Un frisson d’effroi m’a parcouru l’échine. Je le jure sur mon âme, cette femme avait le diable dans les yeux.


°~¤~°


On a levé l’ancre à 20 h pile. Malgré mes protestations au sujet de la créature, le capitaine a tenu à ce qu’elle monte à bord. Il lui a même offert sa cabine. Il partagerait la mienne durant le voyage. Encore, partager est un grand mot. Dès que la nuit est tombée, il est allé la voir elle, la sorcière, et n’est revenu qu’aux petites heures, complètement ivre. Je n’ose m’imaginer à quel genre de perversions ils se sont adonnés. Une chose est certaine, cette succube l’avait ensorcelé. Autrement, il se serait aperçu qu’elle avait quelque chose d’étrange.

La femme n’a jamais quitté sa cabine, pas même pour le petit déjeuner. Le capitaine avait donné l’ordre aux hommes de ne pas la déranger. Un des marins a prétendu avoir vu un grand oiseau noir sortir par sa fenêtre, peu avant l’aube. Les autres se sont moqués de lui, mais je ne crois pas qu’il racontait d’histoires. Je mettrais ma main au feu que cette femelle pactisait avec le démon. Ce matin-là, j’ai prié Dieu pour que l’on arrive sains et saufs à Houston.


°~¤~°


Nous avons accosté au port de Houston tard dans l’après-midi. Étrangement, la traversée s’était déroulée sans encombre. J’aurais cru que la créature aurait tenté quelque manigance. Le monde est plein d’histoires de marins dont l’âme a été dévorée par un démon. Le capitaine s’est occupé de faire discrètement descendre la femme à terre. Lorsqu’elle a quitté le bateau, son visage semblait moins meurtri et elle ne boitait plus. J’ai essayé d’en glisser un mot au capitaine, mais il m’a rabroué. Il lui a baisé la main et l’a remerciée pour ses histoires. Elle-même lui a fait part de sa reconnaissance avant de lui remettre le reste de l’argent. Je n’ai rien compris à cet échange, mais j’étais soulagé qu’elle disparaisse. Idiot que je suis. J’aurais dû me douter qu’elle avait semé le mal en lui. Nous sommes toujours à Houston. Le capitaine est dans un état critique depuis quelques jours. La fièvre le fait délirer et il refuse de quitter sa cabine. Il murmure sans cesse : « l’oiseau passe avec la mort ».
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Blanche Dubois
Mafia Démoniaque ~ Démone

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MessageSujet: Re: Déchéance    Dim 21 Aoû - 0:34

Dallas, Texas, États-Unis

Une petite fille dans sa robe bleu ciel lève les yeux et dit à sa mère:

-Regarde, maman! Un aigle noir!

-C'est impossible, trésor, répond sa mère. Il n'y a pas d'aigles noirs aux États-Unis.

-Oh... répond l'enfant, penaude. Dis, maman, tu crois qu'il est perdu?
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MessageSujet: Re: Déchéance    

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